Voici l’une des dernières inventions pour Iphone, qui rappelle étrangement le Pepper’s ghost, procédé d’apparition des fantômes utilisant un miroir sans tain incliné à 45°.
i3DG a été mis au point par deux japonais, Jitsuro Mase et Tom Nagae. Ce dispositif, qui permet de transformer l’iphone en un théâtre en relief, était présenté à Rotterdam au V2 début février à l’occasion du Festival International du Film.
La Communauté française organise à Bruxelles le 7 février prochain sa sixième journée sur le « livre numérique ». Cette cession sera consacrée aux schémas économiques de l’édition électronique et à la protection des œuvres. Parmi les invités : François Bon et Virginie Clayssens. Programme disponible ici.
Le Phénix, scène nationale de Valenciennes à l’occasion de la création de Fréquences, projet pour Iphone de Célia Houdart, Sébastien Roux, André Baldinger et Martin Blum, propose une journée d’études sur les « mises en scènes mobiles » le 17 février prochain. Fréquences sera téléchargeable sur l’Apple Store en février 2011.
Les technologies mobiles suscitent des téléscènes d’un nouveau genre, initiées sur et par le réseau mais se manifestant dans l’espace réel. Il ne s’agit pas d’inviter le spectateur à se connecter sur le réseau, à se brancher sur une scène virtuelle, mais de rejoindre le spectateur là où il se trouve, et de faire du lieu où il est, de la ville dans laquelle il évolue, la scène potentielle, la scène virtuelle, du drame dont il va être partie prenante. Ce phénomène, que l’on constate aussi dans l’engouement pour les flashmobs à la fin des années 2000, est lié aux nouveaux modes de présence des spectateurs : équipés d’un attirail mobile et sans fil, ils sont reliés en permanence à différents réseaux. Ces expériences rejoignent les performances initiées dans les années 1960 où les consignes du metteur en scène sont délivrées par talkie walkie aux interprètes au cours de la performance. Les créations de Roger Bernat, où il s’agit cette fois-ci pour le metteur en scène de diriger le public, sont dans cette lignée de la commande à distance.
Le téléphone portable reçoit la faveur des artistes, après quelques expériences menées avec des walkmans ou des audio guides. L’une des œuvres pionnières dans ce domaine est le concert de sonneries de téléphones portables, Dialtones, organisé par Golan Levin lors du festival Ars Electronica en 2001. Le parcours du metteur en scène Stefan Kaegi suit cette évolution technologique. Après une création pour walkman en 1999, Kanal Kirchner, il passe en 2005 avec Call Cutta au téléphone portable. Le spectateur suit les instructions qui lui sont données par un ou des acteurs situés dans un “call centre”. Au travers d’une conversation, le spectateur est guidé dans Calcutta, en fonction de différentes trames dramaturgiques : un récit d’espionnage, une pièce historique sur l’indépendance du Bengale… À la réalité de la ville, une fiction se superpose, dédoublant la perception du spectateur entre ville réelle et ville imaginaire.
En 2006, la manifestationFirst Play Berlin a proposé un “programme international d’art numérique vivant – fusion de la performance et de la technologie mobile. Étendant les limites de l’interaction et de la participation, le regardeur est invité à naviguer dans des espaces virtuels en effectuant un voyage dans le monde réel, physique”. Entre le jeu vidéo, l’art radiophonique et le théâtre, ces œuvres proposent de guider le spectateur dans des univers virtuels qui s’appuient sur l’espace réel, en le munissant de téléphones portables ou de PDA. Etait notamment présenté Day of the Figurines de Blast Theory, développé dans le cadre du programme “City as Theatre” du projet européen IperG. L’objet des recherches d’IperG est la création de “pervasive games”, dont la traduction littérale est jeux envahissants, et dont la caractéristique majeure est d’avoir lieu dans le cadre de notre vie quotidienne, provoquant une contamination entre le jeu et la vie.
Cette préoccupation pour l’espace physique dans lequel évolue le spectateur est au cœur d’un mouvement dénommé “locative media”. Les “médias locatifs” (au sens des prépositions locatives) sont nés de la combinaison des technologies mobiles et des systèmes d’information géographique (GIS : Geographic Information Systems) comme le GPS, le wifi, ou encore les RFID. Cette combinaison permet de reconsidérer la manière dont on perçoit et l’on investit l’espace. Le renversement de perspective est d’importance : il ne s’agit plus de créer un monde virtuel ex-nihilo, mais de construire un espace de données à partir d’un espace réel, et de jouer de leurs coïncidences ou de leurs dissonances.
Un nouveau programme de recherche fondé sur la coopération d’artistes et de scientifiques débute à Lausanne pour une durée de trois ans. Intitulé « Towards and Alliance Between Performing Arts and Sciences », ce projet est conduit par l’HETSR/La manufacture, l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, l’Université des arts de Zurich et l’Université de Munich. Une première présentation du projet est disponible ici (pdf). Les artistes et équipes participant au projet seront connus dans les prochains mois. J’ai également le plaisir d’avoir été invitée comme expert sur toute la durée du programme.
Philipp Beesley élabore des architectures transparentes, mouvantes, qui effleurent le visiteurs à son passage. Environnements poétiques tout de blanc nacré, ses forêts électroniques et paysages opalescents ont représenté le Canada lors de la dernière Biennale de Venise consacrée à l’architecture. Son travail n’avait jamais été présenté en France. Ce sera bientôt chose faite, grâce au conseil artistique de Cyril Thomas (qui a également suggéré Jean Dubois) lors du festivalChemins numériques, du 1 au 12 février 2011 à Reims.
Si je ne devais choisir qu’une seule revue de référence concernant les arts et les technologies, ce serait sans hésitation aucune Source, Music of the Avant-garde. 11 numéros publiés de 1966 à 1973 permettent de retracer non seulement l’aventure de la musique expérimentale en Amérique du Nord, mais aussi et surtout l’impact des technologies sur les arts en général, et les arts de la scène en particulier. Qui plus est, « multimédia » avant l’heure, certains numéros sont accompagnés de disques et de diapositives. Le graphisme y est particulièrement soigné, comme cette œuvre de Cage publiée sur des feuilles transparentes (Not Wanting to Say Anything About Marcel). Aujourd’hui introuvable, la revue fait le bonheur des collectionneurs… Deux bonnes nouvelles : les disques, qui comprennent des œuvres de Robert Ashley, David Behrman, Larry Austin, Allan Bryant, Alvin Lucier, Stanley Lunetta, Lowell Cross, Annea Lockwood… ont été réédités dans une version restaurée par Pogus en 2009 (pour une description en français, voir ici) ; University of California Press s’apprête à rééditer en un seul opus tous les numéros de la revue originale.
Après Banff, Berlin et Malbourne, la quatrième conférence internationale sur l’histoire des nouveaux média, des sciences et des technologies aura lieu à Liverpool du 28 septembre au 1er octobre 2011. En quelques années, cette manifestation (qui a lieu toutes les années impaires) est devenue le rendez-vous incontournable des historiens des nouveaux médias avec des conférences d’une grande qualité, assorties d’un programme d’expositions et de diverses manifestations artistiques. Accueillie en 2011 par FACT, cette cession est intitulée Rewire. L’appel à communication sera clôturé le 31 janvier 2011.
Cet été, ISEA2010 présentait dans les bâtiments rénovés de PACT (Essen) la version installation d’un travail remarquable réalisé sur Internet par William Forsythe, Maria Palazzi et Norah Zuniga Shaw. Le site Synchronous Objects entend révéler grâce à la visualisation de données complexes les processus d’écriture et de composition à l’œuvre dans One Flat Thing, reproduced, chorégraphie de Forsythe réalisée en 2000. Le CDRom Improvisation Technologies (1999) offrait déjà une analyse en profondeur de la construction du mouvement et en particulier du rapport à l’espace et à la géométrie développé par le chorégraphe. Ce nouvel opus, réalisé par une autre équipe, à l’Université de l’Ohio, prolonge cette démarche initiale.Synchronous Objects propose de rendre intelligible/ lisible/ visible la structure chorégraphique, la partition dansée par les 17 interprètes. L’analyse s’appuie sur les films réalisés par Thierry De Mey (celui-ci ayant réalisé par ailleurs un montage pour Arte) et sur une multitude de visualisations possibles du mouvement des danseurs. Plusieurs objets présentent différents modes d’annotation de la captation vidéo, qui permettent notamment de comprendre le système complexe de déclenchements initiés par les danseurs. L’un des objets les plus significatifs est celui qui permet de suivre à la fois la danse et la partition, avec des fonctionnalités qui permettent d’entendre ou non la bande son, de changer de point de vue, ou encore d’écouter les fredonnements de Forsythe, ou bien une interview en simultané. Cette approche permet de proposer une analyse de la chorégraphie et non une analyse du film réalisé à partir de la chorégraphie. Chose que propose Lignes de temps, logiciel développé par l’IRI, dont l’une des études de cas concerne précisément le film de Thierry De Mey réalisé pour Arte. Le fait que ce soit le même matériau visuel qui ait été utilisé permet de confronter les deux démarches et de prendre toute la mesure de la question de l’annotation de captations vidéo pour documenter les arts de la scène.
Exposition Rémanences et autres pièces – Thierry De Mey – Charleroi (Belgique) – B.P.S.22 – Du 11 décembre 2010 au 16 janvier 2011
Un bon prétexte pour faire un détour par le rond-point du Marsupilami à Charleroi (Belgique) : l’exposition Rémanences et autres pièces qui présente de nombreuses et récentes œuvres de Thierry de Mey dans l’un des (rares) lieux dédiés à l’art contemporain en Communauté française, le B.P.S.22. On y retrouve l’aspect le plus connu du cinéaste et compositeur, à savoir les films de danse qui ont fait sa réputation. Sont notamment projetés les polyptiques Prélude à la mer (chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaecker) et La valse (chorégraphie de Thomas Hauert) réalisés en 2009 et 2010. Présentés à l’écart, comme à la marge, ces deux films laissent le champ libre à un aspect de l’œuvre de Thierry de Mey qui s’est considérablement développé ces dernières années : les installations et les sculptures. Récemment présentées en pleine nature au Château de Seneffe, elles sont ici réunies sous la grande verrière du B.P.S.22. Labyrinthes au sol ou en volume, fondus dans des plaques de métal ou en tulle, ces chemins provoquent chorégraphie et déplacement du regard du spectateur. Comme si ces labyrinthes étaient une trace possible des mouvements de caméras complexes élaborés pour les films de danse. Car c’est bien la trace du geste, la rémanence des corps qui obsède l’auteur. Et plus que tout, la possibilité de la saisir, de la fixer sans la figer, comme dans ces corps filmés par des caméras infrarouges (Rémanences, 2010) ou le signal du chant du merle, gravé dans plusieurs plaques de marbre (L’ombre du chant, 2010).
La collection Mettre en scène (dirigée par Béatrice Picon-Vallin) réuni des propos de metteurs en scène sur leur propre pratique. Le dernier opus, réalisé par Sophie Proust, est consacré au metteur en scène québécois Denis Marleau. D’une lecture agréable, l’ouvrage aborde les différents aspects de son parcours théâtral. Il évoque notamment le travail de direction d’acteur, le choix des auteurs ou encore les « fantasmagories technologiques » développées à partir de la fin des années 1990.