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Synchronous Objects : lire l’écriture de la danse

Cet été, ISEA2010 présentait dans les bâtiments rénovés de PACT (Essen) la version installation d’un travail remarquable réalisé sur Internet par William Forsythe, Maria Palazzi et Norah Zuniga Shaw. Le site Synchronous Objects entend révéler grâce à la visualisation de données complexes les processus d’écriture et de composition à l’œuvre dans One Flat Thing, reproduced, chorégraphie de Forsythe réalisée en 2000. Le CDRom Improvisation Technologies (1999) offrait déjà une analyse en profondeur de la construction du mouvement et en particulier du rapport à l’espace et à la géométrie développé par le chorégraphe. Ce nouvel opus, réalisé par une autre équipe, à l’Université de l’Ohio, prolonge cette démarche initiale. Synchronous Objects propose de rendre intelligible/ lisible/ visible la structure chorégraphique, la partition dansée par les 17 interprètes. L’analyse s’appuie sur les films réalisés par Thierry De Mey (celui-ci ayant réalisé par ailleurs un montage pour Arte) et sur une multitude de visualisations possibles du mouvement des danseurs. Plusieurs objets présentent différents modes d’annotation de la captation vidéo, qui permettent notamment de comprendre le système complexe de déclenchements initiés par les danseurs. L’un des objets les plus significatifs est celui qui permet de suivre à la fois la danse et la partition, avec des fonctionnalités qui permettent d’entendre ou non la bande son, de changer de point de vue, ou encore d’écouter les fredonnements de Forsythe, ou bien une interview en simultané. Cette approche permet de proposer une analyse de la chorégraphie et non une analyse du film réalisé à partir de la chorégraphie. Chose que propose Lignes de temps, logiciel développé par l’IRI, dont l’une des études de cas concerne précisément le film de Thierry De Mey réalisé pour Arte. Le fait que ce soit le même matériau visuel qui ait été utilisé permet de confronter les deux démarches et de prendre toute la mesure de la question de l’annotation de captations vidéo pour documenter les arts de la scène.

Exposition Thierry De Mey

Rémanences, 2010 © Thierry De Mey

Exposition Rémanences et autres pièces – Thierry De Mey – Charleroi (Belgique) – B.P.S.22 – Du 11 décembre 2010 au 16 janvier 2011

Un bon prétexte pour faire un détour par le rond-point du Marsupilami à Charleroi (Belgique) : l’exposition Rémanences et autres pièces qui présente de nombreuses et récentes œuvres de Thierry de Mey dans l’un des (rares) lieux dédiés à l’art contemporain en Communauté française, le B.P.S.22. On y retrouve l’aspect le plus connu du cinéaste et compositeur, à savoir les films de danse qui ont fait sa réputation. Sont notamment projetés les polyptiques Prélude à la mer (chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaecker) et La valse (chorégraphie de Thomas Hauert) réalisés en 2009 et 2010. Présentés à l’écart, comme à la marge, ces deux films laissent le champ libre à un aspect de l’œuvre de Thierry de Mey qui s’est considérablement développé ces dernières années : les installations et les sculptures. Récemment présentées en pleine nature au Château de Seneffe, elles sont ici réunies sous la grande verrière du B.P.S.22. Labyrinthes au sol ou en volume, fondus dans des plaques de métal ou en tulle, ces chemins provoquent chorégraphie et déplacement du regard du spectateur. Comme si ces labyrinthes étaient une trace possible des mouvements de caméras complexes élaborés pour les films de danse. Car c’est bien la trace du geste, la rémanence des corps qui obsède l’auteur. Et plus que tout, la possibilité de la saisir, de la fixer sans la figer, comme dans ces corps filmés par des caméras infrarouges (Rémanences, 2010) ou le signal du chant du merle, gravé dans plusieurs plaques de marbre (L’ombre du chant, 2010).