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Eclats, un projet de logiciel pour documenter les arts de la scène et les arts numériques

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Dans la lignée de la réflexion engagée avec Docam sur la documentation et la conservation des œuvres numériques, j’ai conçu la maquette conceptuelle d’un logiciel intitulé provisoirement Eclats. Ce projet vient de recevoir le soutien du Pôle image du Nord-Pas de Calais (fonds expériences interactives) et du Ministère de la Culture. Il a pour partenaire le Phénix, scène nationale de Valenciennes, le Fresnoy et MA, scène nationale de Montbéliard. Le développement va donc commencer avec la société Buzzing light (qui a développé IanniX) et l’aide précieuse de Thierry Coduys. Première version test prévue pour juin 2013 !

Description du projet :

Eclats est un logiciel qui permet de documenter les « digital performances » – c’est à dire les spectacles qui intègrent de la vidéo, des dispositifs interactifs temps réel, des dispositifs sonores numériques, etc. Eclats permet d’agréger différents types de documents à partir de la captation vidéo du spectacle pour éclairer une œuvre et son processus de création. Non seulement il s’agit de s’intéresser à un domaine artistique contemporain peu étudié sous l’angle de l’analyse des processus de création, mais aussi de concevoir un outil qui puisse être la fois utile aux techniciens, aux artistes et au grand public pour comprendre, documenter et analyser ces œuvres. Les « captations enrichies » d’une œuvre sont accessibles sur un site Internet dédié.

Il n’existe pas aujourd’hui de logiciel de ce type. Pourtant, il répond à une véritable demande :

  • Des régisseurs : avoir un outil qui permette une prise de note rapide pendant les répétitions sur les dispositifs technologiques et qui permette d’agréger tous les documents techniques.
  • Des artistes : avoir un outil et une méthodologie qui permette de sauvegarder les différents éléments du spectacle (techniques, esthétiques, conceptuels…) afin d’en assurer la reprise (en tenant compte de l’obsolescence des technologies) et la diffusion (avoir un document avec la revue de presse, les fiches techniques, les biographies, etc à transmettre au théâtre qui accueille le spectacle en tournée).
  • Des historiens : avoir un outil qui permette de documenter ce type de spectacle en tenant compte du processus de création et des différentes variantes ainsi que de la multiplicité des types de documents.
  • Du public : avoir un outil qui permette de comprendre les œuvres et avoir accès à des « documentaires enrichis ».

Eclats permet de documenter un spectacle à plusieurs moments de sa vie :

  • pendant les répétitions (aide aux régisseurs)
  • juste après la création (aide aux artistes pour la reprise du spectacle lors d’une date ultérieure)
  • après la création (documentation historique – « captations enrichies » – à destination du public)

Ce projet se situe au carrefour de la valorisation de documents culturels numériques existants, de la création de contenus culturels enrichis et de la mise en place d’espaces critiques et collaboratifs. Il entend favoriser de nouveaux usages, en amont ou en aval du spectacle : documentation des processus de création, conservation de documents d’archives numériques, mise en valeur de l’impact des technologies sur les arts de la scène, prise en compte de la réception de l’œuvre par le public et la critique, possibilité de se servir du logiciel comme « mémo » pour documenter les différentes régies techniques et faciliter la reprise d’une œuvre à plusieurs mois ou années d’intervalle.

Cabarets de curiosités

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Un nouveau livre de ma maison d’édition, Subjectile, en co-édition avec le phénix, scène nationale Valencienne et L’Œil d’or : Now Future ! Cabarets de curiosités. En lien avec la programmation des Cabarets de curiosités du Phénix qui auront lieu en février et mars prochain. L’ouvrage comprend des textes d’Elie During, Bernard Stiegler, Paul Valéry, des portfolios de Cédric Delsaux, Rodrigo Garcia, Christophe Huysman et Aurélie Mathigot, des entretiens avec des artistes (Mylène Benoit, Frédéric Laforgue, Julie Nioche, Christophe Huysman), des textes de pièces de théâtre (Emmanuelle Pireyre, Eszter Salamon, Yan Duyvendak et Roger Bernat)…
En attendant une version numérique très prochainement, le livre imprimé est disponible. Toutes les informations sont disponibles ici.

Mises en scène mobiles au Phénix

Célia Houdart, Fréquences, 2011

Le Phénix, scène nationale de Valenciennes à l’occasion de la création de Fréquences, projet pour Iphone de Célia Houdart, Sébastien Roux, André Baldinger et Martin Blum, propose une journée d’études sur les « mises en scènes mobiles » le 17 février prochain. Fréquences sera téléchargeable sur l’Apple Store en février 2011.

Les technologies mobiles suscitent des téléscènes d’un nouveau genre, initiées sur et par le réseau mais se manifestant dans l’espace réel. Il ne s’agit pas d’inviter le spectateur à se connecter sur le réseau, à se brancher sur une scène virtuelle, mais de rejoindre le spectateur là où il se trouve, et de faire du lieu où il est, de la ville dans laquelle il évolue, la scène potentielle, la scène virtuelle, du drame dont il va être partie prenante. Ce phénomène, que l’on constate aussi dans l’engouement pour les flashmobs à la fin des années 2000, est lié aux nouveaux modes de présence des spectateurs : équipés d’un attirail mobile et sans fil, ils sont reliés en permanence à différents réseaux. Ces expériences rejoignent les performances initiées dans les années 1960 où les consignes du metteur en scène sont délivrées par talkie walkie aux interprètes au cours de la performance. Les créations de Roger Bernat, où il s’agit cette fois-ci pour le metteur en scène de diriger le public, sont dans cette lignée de la commande à distance.

Le téléphone portable reçoit la faveur des artistes, après quelques expériences menées avec des walkmans ou des audio guides. L’une des œuvres pionnières dans ce domaine est le concert de sonneries de téléphones portables, Dialtones, organisé par Golan Levin lors du festival Ars Electronica en 2001. Le parcours du metteur en scène Stefan Kaegi suit cette évolution technologique. Après une création pour walkman en 1999, Kanal Kirchner, il passe en 2005 avec Call Cutta au téléphone portable. Le spectateur suit les instructions qui lui sont données par un ou des acteurs situés dans un “call centre”. Au travers d’une conversation, le spectateur est guidé dans Calcutta, en fonction de différentes trames dramaturgiques : un récit d’espionnage, une pièce historique sur l’indépendance du Bengale… À la réalité de la ville, une fiction se superpose, dédoublant la perception du spectateur entre ville réelle et ville imaginaire.

En 2006, la manifestation First Play Berlin a proposé un “programme international d’art numérique vivant – fusion de la performance et de la technologie mobile. Étendant les limites de l’interaction et de la participation, le regardeur est invité à naviguer dans des espaces virtuels en effectuant un voyage dans le monde réel, physique”. Entre le jeu vidéo, l’art radiophonique et le théâtre, ces œuvres proposent de guider le spectateur dans des univers virtuels qui s’appuient sur l’espace réel, en le munissant de téléphones portables ou de PDA. Etait notamment présenté Day of the Figurines de Blast Theory , développé dans le cadre du programme “City as Theatre” du projet européen IperG. L’objet des recherches d’IperG est la création de “pervasive games”, dont la traduction littérale est jeux envahissants, et dont la caractéristique majeure est d’avoir lieu dans le cadre de notre vie quotidienne, provoquant une contamination entre le jeu et la vie.

Cette préoccupation pour l’espace physique dans lequel évolue le spectateur est au cœur d’un mouvement dénommé “locative media”. Les “médias locatifs” (au sens des prépositions locatives) sont nés de la combinaison des technologies mobiles et des systèmes d’information géographique (GIS : Geographic Information Systems) comme le GPS, le wifi, ou encore les RFID. Cette combinaison permet de reconsidérer la manière dont on perçoit et l’on investit l’espace. Le renversement de perspective est d’importance : il ne s’agit plus de créer un monde virtuel ex-nihilo, mais de construire un espace de données à partir d’un espace réel, et de jouer de leurs coïncidences ou de leurs dissonances.